Jeudi 11 décembre 2008

Depuis ce matin, une polémique s’est installée au sujet des déclarations de la Secrétaire d’état aux affaires étrangères et aux Doits de l’Homme. Elle s’est déclarée non partante pour prendre la tête de liste de l’UMP aux élections européennes de l’année prochaine et a plutôt indiqué quelques pistes alternatives, plus convenables, de son point de vue.

Partout en France depuis lors, on entend des voies s’élever pour exprimer des mécontentements sur sa prise de position légèrement contraire à celle qu’on prête au Président de république. Des inquiétudes aussi, car pour certains cela est perçu comme une forme d’impertinence et même d’irrévérence qui pourrait aboutir à sa sortie du gouvernement lors du remaniement de janvier prochain.

Le risque n’est évidemment pas à négliger dans ce type de situations. Mais j’ai tenu à faire ce texte pour apporter mon soutien à Rama Yade et lui dire qu’elle a eu raison de faire ces déclarations. Certes, elle aurait pu le faire différemment. Mais ne revenons par sur ce qui aurait pu ou aurait dû être fait de telle ou telle façon : elle l’a fait, et c’est tout ! Son opposition sur une éventuelle candidature aux européennes est, à mon sens, un révélateur de l’envie et la l’ardeur qu’elle met à se construire un itinéraire politique clair et ambitieux.

Des personnalités comme Xavier Bertrand, Raffarin et autres ont des ambitions, cela se sait et ce n’est pas pour autant que le scandale arrive. Patrick Devedjian n’avait pas caché son amertume lors de la formation du premier gouvernement de Nicolas Sarkozy en voyant Rachida Dati occuper un poste qu’il convoitait. Personne n’avait, à cette époque, semblé lui en tenir rigueur et le nouveau Président, pour le tempérer, lui avait proposé des alternatives.

Mon petit doigt a failli me laisser penser qu’il y’avait dans certains commentaires des relents de rabaissement de la personne de Rama Yade et de son rôle politique au sein du gouvernement. Il semble apparaître, à certains égards, qu’on ne lui reconnaîtrait pas de véritable importance et possiblement qu’on ne lui niait tout mérite pour aspirer à autre chose dans un gouvernement de la France. Cet épisode rappelle, pas tout a fait pareil mais avec les mêmes finalités, Tokia Saifi (qui s’en souvient ?) qui fut Secrétaire d’état au développement durable. Mme Saifi en son temps représentait aussi la diversité au sein du gouvernement et avait eu, dans des proportions à peu près similaires, l’aura médiatique qu’a Mme Yade aujourd’hui.

Cette Secrétaire d’Etat de Chirac avait souffert de ce poste ministériel « sans portefeuille » puis s’était retrouvée, après environ deux ans au gouvernement, au Parlement européen qui, en France, est perçu comme une « bonne planque » pour retraités de la politique ou pour jeunes loups politique en errance à la recherche d’une ration mensuelle pour « tenir ». Car, qu’est devenue Tokia Saifi entre temps ? Que fait-elle ? Il faudra longtemps chercher pour trouver la réponse tant elle a disparu du circuit politico-médiatique.

La boucle est donc bouclée. Ministre de la diversité très médiatisée, sans portefeuille (dixit M. Kouchner), une jeune femme brillante, députée européenne et hop ! Oubliée ! Rama Yade sait très bien quelles sont les embûches à esquiver pour ne pas connaître le sors qui est souvent réservé aux personnalités de la diversité, tant sur le plan national que local. Quand elles peuvent servir, ce fut le cas pour Mme Yade en 2007, ils sont bons à montrer. Et une fois la lumière éteinte, on les éjecte en silence, on les balance là ou les autres ne veulent pas aller. S’installe alors des moments complexes car ces personnes qui bien souvent se croyant à l’abri n’ont travaillé que pour plaire en « haut lieu » et on complètement méprisé le principe fondamental en politique qui veut que toute légitimité vienne du peuple.

 

Par Cyrille TCHAMBA
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